Réconcilier les contextes stratégique et opérationnel dans le déploiement du BIM

Publié le 28 Février 2019 par Franck Murat et Vincent Carignan
Catégorie: Stratégie

Réconcilier les contextes stratégique et opérationnel dans le déploiement du BIM

Le marché québécois de la construction est en pleine ébullition. Depuis la fin des années 2000, plusieurs initiatives de promotion du virage numérique ont vu le jour, que ce soit avec la création du Groupe BIM du Québec, la mise sur pied de la Chaire Pomerleau à l’ ÉTS ou la création de la table multisectorielle. Les initiatives ont culminé en 2018 avec l’annonce d’un financement gouvernemental de 11M$ pour supporter le virage numérique dans l’industrie et de 1,4M$ pour la création de la grappe industrielle sur la construction menée par la CPQ .

Grâce au dynamisme et la visibilité de ces initiatives, de plus en plus d’entreprises commencent à investir dans leur virage numérique, par exemple avec l’intégration du BIM dans leurs pratiques d’affaires. Pour un secteur n’étant pas habitué à investir plus de 1% de ses revenus en R&D , des investissements massifs en innovation sont certes très encourageants, mais la gestion efficace d’un déploiement du BIM peut être intimidante!

L’une des clés du succès d’un déploiement BIM1 est le partage d’une vision commune entre l’équipe de direction et les équipes de production. L’identification d’opportunités d’optimisation au sein d’une organisation peut venir aussi bien de l’une ou l’autre de ces deux équipes. C’est ce que l’on appelle les approches “top-down” ou “bottom-up”.

L’approche dite “top-down” est caractérisée par une impulsion de changement venant de la direction, ayant typiquement une vision axée sur la création de valeur à long terme au sein de l’organisation. Le second cas courant est dit “bottom-up” où l’impulsion vient plutôt, par exemple, d’un employé avec une vision orientée sur la production de livrables ayant identifié une opportunité d’augmentation de l’efficacité de son travail.

Deux approches au changement BIM: top-down et bottom-up.
Figure 1 - Deux approches au changement BIM: top-down et bottom-up.

Dans ces deux cas, chaque personne propose une vision en fonction de ce qu’il connaît, en fonction de la lentille qu’il utilise pour regarder la situation. En d’autres termes, une lentille stratégique permettra de définir une orientation générale vers un ou des objectifs à haut niveau, alors qu’une lentille technique mettra l’accent sur les actions à mettre en place pour améliorer un processus particulier.

Un fossé existe entre ces deux visions. Le promoteur du déploiement au sein de la firme ou de l’entreprise aura à jongler avec cette réalité complexe: réussir à mettre en place une suite logique d’actions concrètes pour un déploiement optimal tout en communiquant et démontrant adéquatement le bien fondé de la stratégie employée.

Identifier une compréhension mutuelle des objectifs et de la marche à suivre d’un déploiement est donc primordial.

Cycle de vie d’un actif dans un contexte BIM.
Figure 2 - Cycle de vie d’un actif dans un contexte BIM.

Des outils existants, comme la fameuse “roue du BIM” introduite par Autodesk et déclinée à maintes reprises ont le mérite de faciliter la compréhension générale des principes d’un virage numérique axée sur le BIM, mais simplifie en contrepartie trop l’ensemble du processus pour être utilisés comme feuille de route. Il est alors complexe pour un néophyte de comprendre les réelles interactions et relations de dépendance entre les diverses étapes et les usages BIM liés. De plus, elle représente un état “optimal” et biaisé où tout le monde produit (déjà) des livrables en format base de données… et de surcroît avec les outils d’un seul éditeur de logiciels! L’information circulerait donc dans le cycle de vie de l’actif de manière fluide et continue, formant un cercle vertueux auquel tous les acteurs souhaiteraient contribuer.

La réalité est cependant que la maturité numérique des acteurs n'est pas uniforme et donc que les livrables soumis par les partenaires ne sont pas tous exploitables. Le cercle, forme canonique parfaite pour exprimer la philosophie qui sous-tend le BIM (collaboration basée sur la continuité de l’information) cristallise alors le problème récurrent de tous les déploiements: par où commencer?

Le chaînon manquant entre les objectifs BIM et les livrables
Figure 3: Le chaînon manquant entre les objectifs BIM et les livrables

Nous utilisons chez BIM One une approche particulière qui se concentre essentiellement sur les usages du modèle (ici appelés, à des fins de simplifications, usages BIM). Tel que mentionné par Succar,

[BIM] Uses are intended to simplify human-to-human interactions, and human-to-computer interactions. [BIM] Uses’ main purpose and benefits [...] are not to improve software tools, but to facilitate communication between project stakeholders and link Client/Employer’s requirements to project outcomes and team competencies.”

Les usages BIM permettent donc de lier directement les objectifs à des livrables, ce qui simplifie la compréhension d’un déploiement.

L’usage BIM comme lien entre les objectifs BIM et les livrables
Figure 4: L’usage BIM comme lien entre les objectifs BIM et les livrables

Si on plonge au niveau des projets, il est possible d’utiliser le principe d’usages pour représenter le fil conducteur de production et d’utilisation de l’information. Un usage BIM n’est au fond qu’une “interaction entre un utilisateur et un système [permettant] de générer des livrables”. Il s’agit essentiellement du lien entre les exigences du client et les livrables requis, qui permet de transformer les exigences en résultats mesurables au sein d’un projet.

 L’usage BIM comme lien entre les exigences d’un projet et les livrables
Figure 5: L’usage BIM comme lien entre les exigences d’un projet et les livrables

Chaque usage nécessite un ou plusieurs intrants qui peuvent être générés par d’autres usages. À leur plus simple expression, les intrants prennent la forme de donnée. Il apparaît alors évident que l’un des usages fondateurs du BIM est la création de cette donnée, entre autres grâce à la modélisation et à la numérisation de l’existant. La disponibilité de cette information permet par la suite de déployer d’autres usages, comme la coordination 3D de conception, la production de maquettes pour préfabrication, etc.

Usages BIM fondateurs à la base de l’arbre des usages
Figure 7 : Usages BIM fondateurs à la base de l’arbre des usages

Rapidement, on peut imaginer les usages organisés les uns par rapport aux autres sous forme d’arbre logique.

Extrait de l’arbre des usages BIM.
Figure 8: Extrait de l’arbre des usages BIM.

Cette illustration permet de mieux comprendre l’essence d’une implantation BIM ordonnée selon les besoins. Grâce à l’ordonnancement des usages, il devient plus simple de comprendre pourquoi, par exemple, une solide approche à la modélisation doit être mise en place avant le déploiement d'une coordination basée sur les maquettes. Tenter de mettre en place un usage dans le cadre d’un projet qui ne serait pas appuyé sur une quantité d’informations suffisante et nécessaire est beaucoup plus périlleux. Par exemple, un entrepreneur souhaitant faire de l’estimation en exploitant les maquettes des professionnels alors qu’ils ne travaillent qu’en 2D doit consacrer un effort supplémentaire majeur afin de faire passer l’intrant d’un format 2D à un format base de donnée ou maquette. Bien qu’il soit possible que l’effort en vaille la chandelle, l’accessibilité à des données déjà modélisées, déjà dynamique, facilite la création d’un produit de qualité.

On peut donc aussi constater une préséance naturelle2 d’implantation entre les usages correspondant à une caractéristique intrinsèque de l’industrie : la création d’information par vagues. Chaque intervenant intervient à un moment différent, utilise des intrants différents et émet des extrants différents. Cette création d’information asynchrone doit aussi être prise en compte lors de l’implantation et influence la réalisation des projets.

“Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement”
N. Boileau

Grâce à cet outil, il devient beaucoup plus aisé d’identifier le chemin critique soutenant la transition à réaliser et ainsi de prioriser les actions à prendre pour déployer le BIM en assurant une transition à valeur ajoutée, réaliste et pérenne. Cette représentation simple (mais loin d’être simpliste) et inclusive nous a permis à maintes reprises de dissiper l’incertitude entourant le déploiement du BIM parfois présenté comme une boîte noire impénétrable.

Notre expérience nous indique qu’offrir une compréhension transversale des tenants et aboutissants du BIM est essentiel à la création d’une synergie entre les visions stratégiques et opérationnelles des clients et l’arbre des usages est le genre d’outils que BIM One développe pour accompagner ses client. C’est à notre sens la meilleure manière de vous guider au mieux dans votre cheminement!

1. Nous ne distinguons pas ici les déploiements corporatifs dans des organisations de tailles différentes, mais il est évidemment plus simple de cerner les usages nécessaires aux plus petites organisations puisqu’elles comportent habituellement moins de divisions ou de services différents.

2. Même si un schéma logique constant semble émerger, il reste toujours pertinent de confronter et adapter cette figure à la réalité des entreprises concernées.


Franck Murat
Directeur Expertise BIM/VDC


Vincent Carignan
Spécialiste BIM

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